FRANÇOIS BARANGER – DOMINIUM MUNDI

Bien le bonjour dans vos chaumières !

Aujourd’hui, on va parler d’un des romans de Science-Fiction Française qui m’a le plus marqué ces dernières années, écrit par François Baranger, Dominium Mundi, sorti en 2013 en deux tomes aux titres évocateurs : Livre I et Livre II. François Baranger, c’est un gars assez connu dans les milieux initiés pour ces illustrations à couper le souffle : cliquez ici ! C’est aussi un gars qui s’est dit un jour « Tiens, si j’écrivais un roman de Science-Fiction ? »  Patatrakboum, dix ans après nous voilà avec un petit chef d’oeuvre du genre ! C’est vrai que dix ans pour écrire un roman ça parait long mais je crois sincèrement que la qualité ça se mérite aussi. Et là, franchement, on touche du bout du doigt la perfection. 

Tout commence alors que je me baladais dans une librairie indépendante appelée les Sandales d’Empédocle. A mon grand désespoir, le rayon de Science-Fiction est vraiment minimaliste et en plus je dois me baisser pour y avoir accès. C’est pas le moment de se faire une sciatique. Bon en clair, je sens bien que ça n’est pas vraiment leur spécialité, mais qu’à cela ne tienne, on n’est jamais à l’abri de découvrir un trésor. Je me penche donc sur la toute petite étagère presque confidentielle au milieu de l’immense rayon littérature. J’aperçois la couverture magnifique du Livre I avec un nom en latin. Tiens, mais c’est pour le moins étrange, je vois un vaisseau sur la couverture – magnifiquement illustrée soit dit en passant – avec une croix et un nom :  Saint-Michel. D’habitude ce genre de vaisseaux, on les baptisent plutôt avec un nom qui fait peur en « or », genre Désintégrator, Interceptor, ou – attention y’a un piège – Yféfroidehor. Je ne suis point un expert de l’Histoire avec un grand « H » mais le Dominium Mundi ça renvoie dans mon esprit à une sorte de vision suprématiste, à la fois politique et spirituelle, qu’avait la Chrétienté occidentale et plus particulièrement les papes catholiques au Moyen-âge. Ouais faut déjà avoir un peu de culture j’avoue. J’espère que vous êtes bien réveillés les gens,  car à la lecture de la quatrième de couverture mon sang n’a fait qu’un tour ! Z’inquietez pas, m’en vas vous en faire un ch’tiot résumé :

Au XXIIIe siècle, après des guerres à n’en plus finir qui ont fichu un sacré bazar sur une Terre devenue par endroit irradiée, naît un Empire Chrétien Moderne abrégé en « ECM ». Cet ECM, profitant de la crédulité des gens, se met à raconter que si la Terre est dans cet état, c’est parce que les hommes ont renié leur foi et que tout ça est le fruit d’une punition divine. Malin ! Rhalala, cette bonne vieille méthode de la culpabilisation pour asservir les esprits faibles. Une recette qui marche à tout les coups ! Et voilà t’y pas que le pape Urbain IX, dont le pouvoir est sans limite, restaure le fameux Dominium Mundi, et ne se gène pas pour gouverner comme ces bons vieux dictateurs d’antan, les peuples revenus à un mode de vie médiéval. Renaissent alors les Duchés et autre Baronnies qu’on avait dézingué à la Révolution. Même les noms sont redevenus moyenâgeux, on n’est donc pas à l’abri de croiser un Gontran du Genou de la Bande Molletière où une Gertrude du Fermoir de Monsac. Ouais, pour pécho avec un blase pareil, faut s’accrocher. Mais je m’égare.

Reprenons. Un jour, vient une lubie à ce cher pape Urbain qui décide d’envoyer un vaisseau colonisateur vers une planète habitable d’Alpha du Centaure nommée Akya, dans l’espoir, faut pas se mentir, de trouver de nouveaux territoires à coloniser. S’agit pas d’aller faire du tourisme hein, c’est pas le projet. Manque de pot, les colons débarquent et bien sûr découvrent qu’un peuple, les Atamides, y vit déjà. Là, je crois qu’on sent tout de suite les relans de l’histoire qui se répètent, spéciale Kassdédi à Sitting Bull, on pense à toi vieux frère. Alors on pourrait se dire d’entrée de jeu que les remakes de Buffalo Bill ou du Général Custer à la bataille de Little Big Horn ne sont pas loin. Mais une découverte encore plus bouleversante, s’il en fallait une, vient s’ajouter à l’intrigue : les explorateurs tombent nez à nez avec – suspense – le tombeau du Christ ! Vous êtes comme moi, vous avez entendu parlé du fameux tombeau sur Terre et de son entrée fermée par une grosse pierre non loin de Jérusalem. Donc, a priori, s’il avait été placé sur une exoplanète du système Alpha Centauri, on aurait eu l’info. Je vous fais pas de dessin, ça les colons, ça les rend chafouins. Mais les gars ont la foi et pas les foies et se disent que faut pas déconner quand même, Jésus c’est le sauveur des Hommes pas le sauveur des extraterrestres. Si vous voulez pas finir en carpaccio z’avez intérêt à téléphoner maison et à vous barrer vite fait. Sauf que les indigènes les massacrent parce que faut pas trop les énerver non plus. Sont chez eux quand même. Non mais sans blague.

S’il fallait un prétexte supplémentaire pour déclencher une nouvelle guerre, que dis-je une Croisade, ce cher pape Urbain en trouve là un parfait. Comme dirait J. Sully, philosophe chez les Marines : « pourquoi dès qu’un peuple est assis sur ce qu’on convoite, on en fait un ennemi, ce qui justifie le pillage ? ». Deux ans plus tard et les préparatifs presque achevés, Urbain IX supervise la fin des travaux d’armement du vaisseau de guerre le plus badass qui soit : le Saint-Michel. Attention quand je dis badass, le Saint Mich tu peux mettre un million d’hommes dedans – Vous savez déjà ce que ça fait un million Larmina ? – Mais je m’égare. Un million de gugusses avec tout : la bouffe, les équipements, les packs d’eau, le PQ et tutti quanti. D’ailleurs petite question au passage, combien de kilomètres de papier hygiénique il faut pour subvenir aux besoin d’un million d’hommes et ce, le temps du trajet ? Allez soyons fous, et même ensuite une fois installés dans la Nouvelle-Jérusalem ? Ouais, moi j’aime la Science-Fiction qui fait réfléchir sur des questions de fond. D’ailleurs sur le même thème, saviez-vous que chaque année les grandes surfaces produisent une longueur de ticket de caisse équivalente à un Paris-Montpellier, soit 750 bornes ? Imaginez le gâchis de papier. Oui certes c’est pas une info pour briller en société mais prenons conscience de ces choses là. Je vous jure, il est vraiment temps. Bref, du coup c’est parti, s’enrôle un héros de la chrétienté baptisé Tancrède de Tarente, méta-guerrier en exosquelette de guerre, terreur des champs de bataille et d’ailleurs calqué sur le Tancrède de Tarente de la première Croisade de 1096. S’enrôle aussi, mais sans vraiment qu’on lui demande son avis, Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme, une sorte d’univers synthétique abstrait, permettant aux techniciens de piloter et programmer les réseaux neuronaux du Saint-Michel, véritable IA pensante. Voilà pour le cadre.

Alors une fois qu’on a dit tout ça ¿ Cual es lo que pienso de ces bouquins ? Oui, je suis à moitié bilingue oui. Dans ce roman, on assiste à une transposition de l’Histoire de la chrétienté dans une croisade moderne. Sujet ô combien d’actualité si vous voyez ce que je veux dire. Le roman est prenant, on ne décroche pas une seconde, sauf éventuellement pour se sustenter ou aller au cabinet d’aisance, mais pas plus. Je crois pouvoir dire qu’en terme de Science-Fiction, ce roman occupe haut la main la première place de mon classement. J’y ai retrouvé tout les ingrédients que j’aime : Tancrède le héros torturé qui remet sa foi en question lorsqu’il se rend compte que tout n’est qu’intrigues politiques et complots incessants. Ces intrigues sont rendues très prenantes car le mélange Féodalité et Space-Opera est subtil et bien construit. Mention spéciale d’ailleurs à l’ordre des Templiers recréés pour l’occasion ! On a aussi une histoire d’amour contrariée avec une Amazone d’origine Italienne. Alors ici petit aparté, dans Dominium Mundi, les femmes peuvent devenir soldat de l’ECM par l’intermédiaire d’un groupe d’élite appelé Amazones. Montées sur des sortes de bipèdes typés AT-ST monoplace que l’on peut voir dans le Retour du Jedi. Mais si vous savez, ces trucs à deux pattes piloté par Chewie et les Ewoks ! Ces Amazones disais-je, sont à l’image des femmes Spartiates de l’époque Léonidas, le Roi Grec pas le chocolat, dures à cuire si vous voyez ce que je veux dire. Faut pas les faire suer. Donc une Amazone italienne prénommée Clorinde de son doux nom, dont la foi ne peut souffrir de remise en cause. Et enfin une immersion dans le groupe des enrôlés de force appelés « Inermes » qui subissent brimades et mauvais traitements mais dont la vengeance n’en sera que plus savoureuse. Bah ouais les gars, vous mettez des Nerds au pilotage du vaisseau et vous passez votre temps à les humilier, faut pas vous étonner s’il vous arrive des bricoles ! Lex Talionis comme disent les latinistes.

Pour conclure, j’ai tout simplement adoré ce roman que j’ai dévoré plus vite que je ne l’aurais voulu. Mention spéciale également à la planète Akya et à ses habitants dont François Baranger se sert pour repenser la Crucifixion et les événements qui en ont découlé et ça, j’achète ! Pour finir, on a également des descriptions très détaillées (mais pas trop) des armements et nombreux équipements ce qui donnent au tout une incroyable crédibilité et un réalisme époustouflant! Sire Baranger, vous m’avez fait voyager, c’est le moins qu’on puisse dire ! Puisse cet écrivain au talent infini nous faire rêver à nouveau ! Ça, ça serait vraiment… miraculeux 😉

Allez sur ce, je filoche en direction d’Alpha du Centaure, y’a Lix qui m’attend pour un barbeuc. Attendez, qui c’est qu’a bouffé toutes les chipos là (ta) ?

Hasta la vista Bye-Bye !

Ælfræd

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